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21 mars 2010

Pastorale urbaine

Pendant la campagne des régionales, les questions de l’agriculture urbaine et des circuits courts de consommation de produits comestibles se sont posées à de nombreuses reprises. Alain Rousset, tête de liste PS en Aquitaine a ainsi visité des installations maraichères dans le Médoc, tandis que Cécile Duflot, candidate Europe Ecologie en Ile de France, en a fait un point fort de son programme.



Pour autant, ces intentions politiques de promouvoir un équilibre entre ville et campagne, d’encourager des relations plus fortes entre la métropole et ses marges ne constituent pas des innovations majeures, mais plutôt des redécouvertes. Ainsi, l’histoire urbaine témoigne de nombreuses situations dans lesquelles la production agricole est pleinement intégrée aux pratiques urbaines. Au 18ème siècle, c’était notamment le cas du nord de Paris, comme en témoigne le récit d’une promenade de Jean Jacques Rousseau :
« Le jeudi 24 octobre 1776, je suivis après dîner les boulevards jusqu'à la rue du Chemin-Vert par laquelle je gagnai les hauteurs de Ménilmontant, et de là prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies, je traversai jusqu'à Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages, puis je fis un détour pour revenir par les mêmes prairies en prenant un autre chemin. Je m'amusais à les parcourir avec ce plaisir et cet intérêt que mont toujours donnés les sites agréables, et m'arrêtant quelquefois à fixer des plantes dans la verdure. J'en aperçus deux que je voyais assez rarement autour de Paris et que je trouvai très abondantes dans ce canton-là. L'une est le Picris hieracioides, de la famille des composées, et l'autre le Bupleuron falcatum, de celle des ombellifères. Cette découverte me réjouit et m'amusa très longtemps et finit par celle d'une plante encore plus rare, surtout dans un pays élevé, savoir le Cerastium aquaticum que, malgré l'accident qui m'arriva le même jour, j’ai retrouvé dans un livre que j'avais sur moi et placé dans mon herbier.
Enfin, après avoir parcouru en détail plusieurs autres plantes que je voyais encore en fleurs, et dont l'aspect et l'énumération qui m'était familière me donnaient néanmoins toujours du plaisir, je quittai peu à peu ces menues observations pour me livrer à l'impression non moins agréable mais plus touchante que faisait sur moi l'ensemble de tout cela. Depuis quelques jours on avait achevé la vendange ; les promeneurs de la ville s'étaient déjà retirés ; les paysans aussi quittaient les champs jusqu'aux travaux d'hiver. La campagne, encore verte et riante, mais défeuillée en partie et déjà presque déserte, offrait partout l'image de la solitude et des approches de l'hiver. »
Dans cet extrait, la réalité dépasse la fiction. La description d’une urbanité champêtre, étendue et verte est bien plus intéressante que l’imaginaire contemporain de la ville écologique, rendue durable à force d’isolant, de fenêtre triple vitrage à lame d’argon et bardée d’éoliennes et de capteurs solaires sans cesse devenus obsolètes…

Par ses antécédents, par sa pertinence autant que par son actualité, il importe donc à l’urbanisme de prendre en compte et de questionner l’agriculture métropolitaine, à la racine.


Lire :
http://www.aqui.fr/politiques/regionales-alain-rousset-tete-de-liste-regionale-ps-sur-le-terrain-de-l-agriculture-urbaine-du-sud-medoc,2813.html
http://parisbanlieue.20minutes-blogs.fr/archive/2010/03/03/grand-paris-et-regionales-on-est-favorable-a-une-metropole-p.html
Jean-Jacques Rousseau, Les Rêveries du promeneur solitaire, Paris, 1782. (Deuxième promenade )

5 mars 2010

Le Clos des Lilas

Il fallait bien qu’un jour nous explorions le monde de la promotion immobilière. A la faveur d’un prospectus glissé dans la boite au lettres, nous avons pris notre courage à deux mains et nous sommes plongés dans l’étude d’un immeuble au nom, aux plans et aux façades semblables à tant d’autres : le Clos des Lilas.


Passons rapidement sur le discours commercial habituel, vantant avec la même prévenance désuète et policée « les façades rythmées coiffées de leurs toitures traditionnelles qui offrent une architecture variée et harmonieuse », « les grandes baies parées de leur garde-corps en ferronnerie », ou « le tapis vert servant d’écrin aux façades ». La fin du descriptif est plus ambitieuse car elle lance un défi à qui voudra le relever : « Le confort vous séduira. Les appartements présentent des plans rationnels sans perte de place et bénéficient de multiples orientations. ». Qu’en est-il réellement ?

Les mises en garde placées en bordure des plans ne laissent présager rien de bon : « Illustration à valeur d’ambiance » et « Libre interprétation de l’artiste ». On ne critiquera donc pas l’ameublement ou la couleur des rideaux, mais plutôt la distribution des espaces et la répartition de certains meubles dont les dimensions sont incompressibles et primordiales : sanitaires, éléments de cuisine, lit double, etc… En reprenant les critères énoncés précédemment, nous vous livrons de quatre fiches de logement corrigées au regard de leur présentation enjôleuse.

Studio
Confort : Moyen (Distinction entre espace séjour et espace chambre, très grande terrasse, coin cuisine exigu)
Rationalité : Faible (Deux gaines, Salle de bains dans l’entrée du logement, murs de refends non alignés)
Orientations multiples : Moyen (Baies resserrées et distantes de l’enveloppe)

Deux pièces
Confort : Moyen (Séjour profond et distant du nu extérieur, balcon filant, accès au lit par un seul côté)
Rationalité : Moyen (Repartition simple des espaces, création d’une épaisseur de rangements entre la chambre et le salon, deux gaines, accès à la douche périlleux)
Orientations multiples : Nul (Mono-orientation)

Trois pièces
Confort : Moyen (Quatre espaces sans lumière naturelle (entrée, couloir, sanitaires et salle de bain), placards entre les chambres et les pièces de vie)
Rationalité : Moyen (Pièces d’eau strictement dimensionnées selon le mobilier, deux gaines, difficulté d’accès au placard de la chambre au dos de la porte)
Orientations multiples : Bon (Double orientation et balcon)

Quatre pièces
Confort : Moyen (Cuisine plus petite que celle du 3 pièces empêchant d’y manger, pièce commandée par le salon, dressing distant des chambres)
Rationalité : Faible (Espaces de circulation nombreux et étroits, trois gaines, étrange cloisonnement du séjour)
Orientations multiples : Bon (Double orientation et balcon)

A l’issu de cette étude le bilan de nos appréciations est assez médiocre : 0 Très bon, 2 Bon, 7 Moyen, 2 Faible, 1 Nul. Sans blâmer d’avantage les logements, on peut citer quelques pistes qui auraient répondu pleinement aux aspirations architecturales du promoteur : des séjours à double orientations, un couloir d’accès aux pièces humides pensé comme une véritable pièce ou une structure intervenant intelligemment dans la partition des espaces…

Alors que les plans du Clos des Lilas ne présentent que de maigres qualités, il est assez paradoxal que la promotion immobilière contemporaine utilise autant les plans types pour commercialiser ses opérations. En prétendant répondre à la fois à une demande sociale et à des nécessités économiques, les promoteurs produisent surtout des plans types à ne pas répéter.



Voir :
http://www.immobilier-developpement.com

23 février 2010

Une lettre que vous lirez peut-être


Chers collègues, patrons et amis,

C’est avec surprise que j’ai appris les conditions de travail entourant le rendu du dernier concours de votre agence. En tant que représentant du personnel de votre entreprise, je me dois de retranscrire ici des faits contrevenant autant à la dignité humaine qu’au droit du travail ou aux conventions collectives…

Trois jours de dur labeur accumulant des journées de 13 à 16 heures totalisant 35 h de travail en 3 jours. Un week-end tunnel, faisant passer une semaine normale pour un poste à mi-temps. Alors qu’une webcam surveillait le travail effectif des salariés, on m’a même rapporté la présence de chaînes… De même, les dirigeants ont pensé stimuler la productivité des employés en annonçant le montant des primes d’une hypothétique rémunération. Avec le recul, doit-on qualifier ces faits d’esclavage ?

Nourris de Knacki purée, de produits surgelés et de pizzas mangées sur le pouce, les employés, contraints de restés à leur poste de travail, ont aussi copieusement arrosé le tout de café, Coca Cola et autres bonbons acidulés. Quels monstres êtes vous donc pour élever la junk-food à l’état de religion ?

Je n’évoquerai que rapidement les conditions sanitaires de vos locaux : les yeux rougis par les écrans, le mal de dos induit par les tabourets, le manque de sommeil, l’hygiène relâchée du personnel ou encore les volutes de fumée irritant des gorges jusque la épargnées par le froid hivernal. A cet aspect physique s’ajoute un abrutissement intellectuel certain et une profonde instabilité psychologique, certains employés entonnant Diam’s à longueur de journée, d’autres confondant le rendu d’une perspective urbaine avec un défilé de cosplay…

S’il vous fallait une définition de la charrette en architecture, ce rendu de concours en possède tous les attributs. Au vu de l’urgence de la situation, il vous vaut intervenir au plus vite et promouvoir un changement radical des comportements au sein de votre agence.

Protégez vous, protégez nous de l’architecture…

Confraternellement,
Votre interlocuteur à la S.P.A.
(Société Protectrice des Architectes)

16 février 2010

Quoi ma gueule ?

A-t-on besoin de connaître le visage d’un auteur pour apprécier son travail ? Qu’apporte la photographie de l’auteur apposée sur une de ses œuvres ? De nombreuses formes artistiques, telles la littérature ou les affiches d’expositions, témoignent de cette irruption du portrait en lieu et place de l’œuvre. Le besoin d’identification du lecteur est peut être devenu impérieux. Mais à part de vagues corrélations entre physionomie et style littéraire on voit mal ce que permet cette personnification.


Il est alors surprenant de constater que cette recrudescence de portraits gagne aussi l’architecture.

Sous le prétexte de la tradition du compagnonnage, l’architecte en chef des monuments historiques chargé de Versailles, Frédéric Didier, s’est ainsi vu représenté dans un médaillon ornant la balustrade du Château.


Dans une veine plus contemporaine, le portrait photographique de Rem Koolhaas réalisé par Anuschka Blommers & Niels Schumm à été ajouté en haut de la boucle du parcours de visite du Kunsthal de Roterdam.


Enfin, plus systématique et inquiétant, le portrait d’Edouard François figure dans plusieurs des projets de l’agence. Il se trouve notamment représenté dans le parking de l’opération Eden Bio, rue des Vignoles à Paris et sur une moulure de l’Hotel Barrère sur les Champs Elysées…



Oscillant entre flagornerie, démesure et hommage, la production de ces portraits reste un phénomène surprenant. On peut tout de même rappeler que légalement, selon la loi du 3 janvier 1977, « La création architecturale et la qualité des constructions sont d'intérêt public ». Au vu de ces quelques exemples, certains architectes semblent s’être écartés du respect de la chose commune en transformant le principe d’égalité en slogan : « Tous egos ! ».


Voir :
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006068580&dateTexte=20100203
http://www.momus.fr/actualites-momus.php?id=00046&depart=11
http://www.blommers-schumm.com/
http://www.edouardfrancois.com/

8 février 2010

2,29061004 °

Pour vous détendre les neurones, nous vous avons concocté un petit quizz (Plusieurs réponses sont possibles). Que représente la valeur 2,29061004 degrés ?


a- Température constante maintenue dans l’installation « The Things wich necrose » de François Roche et Stéphanie Lavaux aka R&Sie.


b- Différence entre le taux d’alcoolémie du vin Baron Eugène Haussmann, produit non loin de Cestas et de Rouillac, terre de sa belle-famille, et la moyenne des crus bordelais.


c- Humour constaté dans l'assistance lors de l’inauguration de l’exposition Claude Parent à la Cité de l’architecture et du patrimoine.


d- Angle de la pente maximale admise pour l’accessibilité des personnes à mobilité réduite aux équipements recevant du public, soit 4%.


e- Implication de la famille Dubuisson dans le champ de l’architecture : l’arrière grand-père Emile (1873-1947) notable lillois, le grand-père Jean (1914-…) animateur des Trente Glorieuses, le père Sylvain (1946-…) seulement designer et le fils Thomas (1974-…) à la tête de la jeune agence Search.


Voir :
http://www.citechaillot.fr/exposition/expositions_temporaires.php?id=107
http://www.chateaux-en-bordeaux.com
http://www.new-territories.com
http://www.agencesearch.fr

1 février 2010

Union pour un mouvement populaire

Quelquefois, une page internet, un stand de brocante ou un vieux magazine réservent des images surprenantes. Des images dont le sens de l’histoire change l’interprétation. C’est par exemple le cas du n°80 des Annales de la recherche urbaine, publié en décembre 1998, qui présente cette photographie éloquente page 99. Un graffiti, slogan de campagne électorale UMP en devenir :


Cette image, dont le sens évolue avec le temps évoque d’autres inscriptions murales en mouvement. On peut penser à la dernière campagne de prévention de l’association Aides produite par l’agence de communication TBWA qui représente un tag de pénis cherchant l’amour sur les murs carrelés de sanitaires publics…



Ou encore à la célèbre animation Muto, du graffeur italien Blu dont l’inventivité et la beauté plastique ont élevé le travail au rang de performance vidéo exposée dans de nombreuses galeries. Des inscriptions mouvantes animant des architectures banales…




Voir :
http://www.annalesdelarechercheurbaine.fr
http://www.tbwa-france.com
http://www.blublu.org
http://www.aides.org