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16 mai 2012

Le costume


Il avait la tête de l’emploi. Sa démarche à la fois maladroite et confiante. Sa veste noire ouvrant négligemment sur un t-shirt sombre ou, je ne me souviens plus, une chemise noire également. Son crâne rasé, tout juste couvert d’un fin duvet. Son air batave et ses yeux vifs. Ses mains agiles l’aidant à appuyer son propos. Sa voix tendre et pourtant consciente de son pouvoir, sautant de récits en anecdotes. 

Il ressemblait tant à un architecte. 

 


Pourtant cet homme est l’écrivain et cinéaste belge Jean-Philippe Toussaint, auteur de La salle de bain et du génial La télévision. Un auteur si proche des architectes que chacun des titres de ses ouvrages forme une véritable déclaration programmatique. La patinoire, Faire l’amour, Fuir, tant de lectures stimulantes… 



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1 mai 2012

L’histoire de Maggie

Nous sommes dans l’entre deux tours de l’élection présidentielle française et Nicolas Sarkozy semble se rapprocher de la retraite ; se trouver entre la vie et la mort politique. L’occasion de répondre à Charlotte qui cherche des informations sur les rapports entre médecine, soins et architecture et qui s’interroge sur la capacité de l’architecture à améliorer la prise en charge des patients. Existe-t-il des invariants architecturaux propres à ces lieux ? 


A l’échelle de la médecine de proximité, les cabinets de médecin ou de soins dentaires japonais font parfois l’objet de projets surprenants comme celui de Hiroki Tanabe, c’est beaucoup moins le cas en Europe. L’ouvrage de référence sur les typologies hospitalières et la résolution architecturale des questions d’hygiène et de soins médicaux est le livre collectif et pluridisciplinaire, assez passionnant de Michel Foucault, Blandine Kriegel, Anne Thalamy avec les contributions proprement architecturales de Bruno Fortier et François Béguin : Les machines à guérir : aux origines de l'hôpital moderne, Liège, Mardaga, 1979.

Mais depuis les grands hôpitaux du 19ème siècle, les contraintes techniques des programmes hospitaliers brident l’apport des architectes et de l’espace en tant que médiation thérapeutique. Le livre-témoignage de Pierre Riboulet, Naissance d’un hôpital, publié en 1989 relate ainsi la délicate création de l’hôpital pour enfants Robert Debré. 

C’est paradoxalement dans les unités de soins les plus lourdes que les architectes ont l’opportunité de proposer des formes architecturales innovantes. En fait, c’est dans les unités de soins palliatifs, ou la fin est inéluctable et la médicalisation est moins envahissante que l’apport des architectes est le plus important. En témoigne l’initiative britannique des Maggie’s Cancer Caring Center, un réseau d’une douzaine d’unités qui traitent de patients en fin de vie. Crée à la suite de la maladie fatale de Maggie Jencks, épouse du célèbre critique de l’architecture Charles Jencks, ces bâtiments sont tous issus d’une réflexion soignée, ou plutôt d’une pensée de l’architecture comme soin. Les édifices sont adjoints à de larges unités hospitalières mais ils fonctionnent comme des unités domestiques. L’institution compte des ainsi des réalisations de Page-Park architects, Zaha Hadid, OMA ou Wilkinson-Eyre.


Des espaces de vie autant que de maladie. 



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15 avril 2012

Myam

Le monde de la gastronomie et de l’architecture se croisent de temps en temps. La plupart du temps à l’occasion de l’ouverture d’un restaurant, comme l’Opéra Restaurant, réalisé dernièrement par Odile Decq dans le bâtiment de Charles Garnier. Comme dans le débat muséographique sur la « white box », la fameuse boite blanche proposant un environnement « neutre » à la perception des œuvres d’art, le contenant et le contenu entrent bien souvent en concurrence. L’énergie mise dans le décor est bien souvent absent de l’assiette ou inversement, la cuisine dépasse de loin la platitude du lieu. Mais je n’en dirais pas plus, je n’ai pas essayé le restaurant de l’opéra de Paris, ni le Dauphin, le restaurant réaménagé par Clément Blanchet pour l’OMA, qui a défrayé la chronique l’année passée (voir l’article du Figaro).

Parlons plutôt de photographies culinaires qui empruntent un mode de représentation propre au champ architectural : la vue surplombante en plan. Le magazine YAM du chef étoile Yannick Alleno a construit son identité visuelle en mettant à l’honneur en couverture ces vues d’assiettes colorées par les touches de produits, savamment équilibrées et géométrisées, délicatement ombrées. Principalement réalisées par le photographe Nicolas Buisson, ces images révèlent des plans qui ne peuvent qu’inviter les architectes à la gourmandise…







Voir :
http://www.y-a-m.com
http://www.nicolasbuisson.com/
http://www.meuricehotel.fr
http://www.opera-restaurant.fr/
http://www.archdaily.com/122513/le-dauphin-oma/
http://www.lefigaro.fr/sortir-paris/2010/12/13/03013-20101213ARTFIG00695-hache-menu-le-dauphin-meme-pas-ouvert-deja-couronne-trop-fort.php

3 avril 2012

Beau Rendu

Dernièrement, de nombreuses photographies d’architecture m’ont étonné. J’ai ainsi passé plusieurs minutes à observer, à analyser ces images en me demandant si elles étaient des prises de vue réelles, si le bâtiment que je regardais était véritablement construit. C’est le cas de la série de photographies réalisée par Patrick Miara pour un projet de bureaux pour le Conseil Général de Loire atlantique à Nantes conçu par l’agence d’architecture nantaise Forma 6.






De mon point de vue, ce questionnement sur le degré d’irréalité des images d’architecture n’est pas un compliment. Pourquoi lisser autant ? Pourquoi donc s’abstraire à ce point du lieu représenté ? Pourquoi systématiquement exclure les usagers de la construction et toute trace de leurs activités ? Pourquoi surexposer constamment pour obtenir des parois ou des sols immaculés, sans matière ? Pourquoi gommer le grain, la vie ?

Pour se moquer de cette uniformisation continue des canons de la beauté, Jesse Rosten, un jeune réalisateur californien a réalisé une fausse publicité pour ce type de produits embellissant, artificialisant la réalité. Mis en ligne en janvier 2012, voici le premier produit de beauté aussi applicable à l’architecture : Fotoshop by Adobé.





Voir :
http://www.architecture-forma6.fr/
http://www.jesserosten.com/

23 mars 2012

Modes de résistance

Vous avez peut être vu des images des manifestations et meetings de Jean-Luc Melenchon et du Front de Gauche. Et senti la foule vibrer et se mouvoir au mot de résistance. Voici un texte inédit en français de Lebbeus Woods qui s’inscrit à merveille dans cette période d’élections présidentielles…

[…]

Il me semble que si les architectes veulent vraiment résister, alors ni l'idée de résistance, ni sa rhétorique n’ont de place dans ce type de résistance par l’architecture. Ces architectes doivent prendre l'initiative à partir d'un point d'origine qui précède ce qui soulève la résistance. Une pensée profonde au sein d'une idée d’architecture elle-même. Ils ne peuvent jamais se considérer comme des résistants, ou adhérer à des mouvements de résistance, ou prêcher la résistance. Ils doivent plutôt créer des projets, des représentations indépendantes de l'architecture et du monde (et c'est la partie la plus difficile de la résistance). Ce n'est pas quelque chose qui peut être improvisé sur les barricades. Il faut du temps et beaucoup d'essais et d'erreurs. Ce n'est pas seulement parce que les choses auxquelles on résiste ne viennent pas de nulle part. Elles ont une histoire construite sur de longues périodes, une sorte de gravité qui fait d'elles une menace. On ne peut leur résister que par un élan, des idées et des actions de substance équivalente.
[…]

LISTE DE RÉSISTANCE:

Résister à tout ce qui semble inévitable.
Résister aux gens qui semblent invincibles.
Résister à la consolation de ceux qui ont perdu.
Résister à la flatterie de ceux qui ont gagné.
Résister à toute idée qui contient le mot « algorithme ».
Résister à la tentation de dessiner des blobs.
Résister à l'envie de voyager à Paris au printemps.
Résister à l'envie de déménager à Los Angeles à tout moment.
Résister à l'idée que l'architecture est un bâtiment.
Résister à l'idée que l'architecture peut sauver le monde.
Résister à l'espoir d’obtenir de grosses commandes.
Résister à obtenir de grosses commandes.
Résister à la suggestion que vous pouvez lire Derrida en français.
Résister à prendre la voie la plus simple.
Résister à l'influence de la séduction.
Résister à l'envie de faire un projet basé sur un morceau de musique.
Résister à la conviction croissante qu’Ils ont raison.
Résister à la lancinante impression qu’Ils vont gagner.
Résister à l'idée qu’on a besoin d'un client pour faire de l'architecture.
Résister à la tentation de parler trop vite.
Résister à toute personne qui vous demande de concevoir qu’une partie visible d’un projet.
Résister à l'idée que le dessin à la main fait partie du passé.
Résister à toute assertion affirmant que le travail de Frederick Kiesler appartient au passé.
Résister à l'achat de toute sorte d’automobile.
Résister à la tentation d'ouvrir une agence.
Résister à l’idée qu'il ya une réponse à chaque question.
Résister à l’idée que seul le résultat compte.
Résister à l’injonction que vous devez construire vos idées pour prouver leur validité.
Résister aux personnes qui sont satisfaites.
Résister à l'idée que les architectes sont des maîtres d'œuvre.
Résister à accepter les honneurs de ceux que vous ne respectez pas.
Résister au sentiment de panique provoqué par la solitude.
Résister à l'espoir que l'année prochaine sera meilleure.
Résister à l'affirmation que l'architecture est une profession de service.
Résister à la conclusion inévitable qu’Ils ont déjà gagné.
Résister à l’inclination à revenir à la case départ.
Résister à l’opinion qui veut qu’il y ait de l’'architecture sans architectes.
Résister à l'acceptation de votre destin.
Résister à fabriquer des maquettes à partir de treillages de cages a poules.
Résister aux personnes qui vous disent de résister.
Résister à la suggestion que vous pourrez faire ce que vous voulez vraiment plus tard.
Résister à toute idée qui contient le mot « interface ».
Résister au sentiment d'obligation de s’abonner à Domus.
Résister à l'idée que l'architecture est un investissement.
Résister à l’impression que vous devez tout expliquer.
Résister à l'affirmation selon laquelle l'histoire s’intéresse au passé.
Résister à l'insinuation que vous devez être prudent.
Résister à l'illusion que c’est fini.
Résister à l'opinion que c'était un accident.
Résister à la pensée que ce n’est valable que si vous pouvez le faire à nouveau.
Résister à la certitude que l'architecture consiste à « designer » les choses.
Résister aux implications de la sécurité.
Résister à écrire ce qu'Ils veulent entendre.
Résister en pensant que le centre du pouvoir est ailleurs.
Résister à la pensée que quelqu'un sait ce qui va réellement arriver.
Résister à l’assertion que vous avez manqué vos objectifs.
Résister à toute revendication portant atteinte à son autonomie.
Résister à l'indifférence de ses adversaires.
Résister aux concessions faciles de ses amis.
Résister à la pensée que la vie est belle, après tout.
Résister à la sensation que vous devez chercher le pardon.
Résister à l'envie de s'installer à Berlin.
Résister à l’idée qu’il ne faut jamais se compromettre.
Résister à toute pensée qui utilise le l’expression « devrait ».
Résister aux concepts architecturaux qui ont déjà réussis.
Résister à l'idée que l'architecture exprime quelque chose.
Résister à la tentation de le faire juste une fois de plus.
Résister à la conviction que l'architecture influe sur le comportement.
Résister à toute idée qui assimile l'architecture à la propriété.
Résister à sa propre propension à se répéter.
Résister à cette sensation d'épuisement total.

………..
15 Septembre 2003
New York City


Lebbeus Woods, « Modes de résistance », www.autour.architecture.net, 2003, 2012.

13 mars 2012

Lebbeus Who ?

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Architecte et théoricien américain né en 1940, je réalise mes premiers projets expérimentaux et utopistes au milieu des années 1970. Alors que mon travail se rapproche formellement de celui de David Libeskind, Thom Mayne ou de Coop Himmelb(l)au je n’ai que très peu construit mais publié plus d’une dizaine d’ouvrages.


Inconnu du grand public, le champ professionnel francophone dédaigne mon travail aussi puisque l’unique article consacré à ma carrière dans une revue d’architecture remonte à 1996. Mais mon influence dans le champ anglo-saxon de la théorie est importante, notamment par le bais de mon blog, ou j’écris à la fois sur les technologies et sur les formes architecturales d’une critique politique.


Passionné de science-fiction, certains de mes dessins ont fasciné les réalisateurs hollywoodiens au point qu’ils s’en sont littéralement inspirés, comme Terry Gilliam dans l’Armée des 12 singes, ou David Fincher dans Alien 3. Mon prénom d’origine biblique concorde étonnamment avec ces films d’anticipation puisqu’il semble tout droit tiré de Matrix…


Je suis, je suis…

Lebbeus Woods !



A suivre….



Voir :
http://www.lebbeuswoods.net/